Je souhaite rebondir sur l'article paru dans Votre Santé numéro 80 page 25 intitulé « les secrets d'une bonne hygiène de vie ».
L'article du lecteur est pertinent. Il est clair que l'industrie dépense beaucoup d'énergie pour souvent enlever à grands frais des principes nutritifs contenus dans les aliments bruts pour en faire des produits raffinés.
J'aimerais simplement apporter une précision concernant la remarque faite suite à cet article au sujet du tofu. Il est écrit que le tofu contient des fibres et des minéraux. Ce n'est pas tout à fait exact.
Si l'on visite le site internet du fabriquant de tofu Soy, le procédé de fabrication décrit est le suivant :
« les graines sont broyées et mélangées avec une eau de grande qualité. La purée ainsi obtenue est cuite puis filtrée afin de séparer les fibres (okara) du jus de soja. Le tonyu obtenu (ou « lait » de soja) est à nouveau cuit pour garantir une parfaite digestibilité. Pour obtenir le tofu, le tonyu est caillé à environ 84°C par l'ajout de nigari (chlorure de magnésium marin ). Le caillé va lentement se séparer du « sérum » à la manière d'un caillé fromager. Le caillé obtenu est mis dans des moules dans lesquels il s 'égoutte. Il est ensuite pressé pendant environ 30 minutes ».
D'après cette description du procédé de fabrication, il est clair que le tofu ne contient plus ou peu de fibres (la plus commune étant la cellulose qui même si elle n'est pas digérée par l'humain contribue grandement au transit intestinal). L'égouttage et le pressage font disparaître une grande partie des minéraux solubles dans l'eau.
Le tofu est un produit « raffiné » qui a l'intérêt d'apporter un certain nombre de protéines (sa composition essentielle), mais certainement pas plus que d'autres céréales et légumineuses, d'autant plus que la lysine (acide aminé essentiel) est fragile et détruite lors des chauffes répétées.
En terme de valeur biologique des protéines, l'œuf reste quand même une référence (si la poule possède des conditions de vie et d'alimentation correctes).
Comme d'autres céréales et légumineuses, le soja contient des facteurs anti-nutritionnels.
De nombreuses polémiques existent autour du soja non fermenté. Il y à ceux qui encensent le soja et ceux qui le décrivent comme un aliment à bannir.
Les principes de précaution décrits dans Votre Santé numéro 79, notamment au sujet des recommandations de l'AFSSA restent pertinents. C'est-à-dire, ne pas donner de dérivés de soja non fermenté aux jeunes enfants et le consommer ensuite avec parcimonie dans le cadre d'une alimentation variée et équilibrée.
Il y a une différence similaire entre :
- ne manger que des produits à base de tofu et en manger un peu
- et boire 2 litres de soda au cola (100 grammes de sucre raffiné par litre !) et prendre un morceau de sucre (même raffiné) dans son thé vert bio.
Tout est une question de dose et aussi d'âge.
J'ai eu de longs échanges de courriels ces derniers temps avec la société Soy en leur présentant des articles assez alarmistes sur le soja non fermenté.
Eux-mêmes répondent honnêtement qu'il est difficile de se faire une opinion claire et objective sur les différentes études menées sur le soja. Ils concèdent également qu'il existe des lobbies au niveau du soja. Ils vont même jusqu'à dire que le soja n'est pas une plante miracle dotée de toutes les vertus et que le tofu était consommé autrefois en Chine dans les 24 heures.
Le seul reproche que je pourrais faire à une société de type Soy (il y en a d'autres), c'est qu'au-delà du discours ci-dessus qui est somme toute sensé, ils font un matraquage marketing outrancier au niveau des enfants pour vanter leurs produits, sous forme de bandes dessinées par exemple.
Il est très vrai que remplacer en grande partie les protéines animales par des protéines végétales est une solution écologique, économique et éthique louable. L'ensemble des céréales et légumineuses y contribue lorsqu'elles sont biologiques et sans OGM.
L'important restant vraiment d'avoir une alimentation saine et variée la plus complète possible. Manger un produit industriel et raffiné de temps en temps n'a jamais tué personne, ce sont l'excès et la non diversité qui causent problème. Boire un verre de lait de temps en temps, s'il est frais et s'il vient d'une vache élevée dans des pâturages sains n'est pas non plus un danger mortel (en espérant que la vache aie réussie à se glisser entre les vaccinations outrancières).
Il en est de même pour le lait de brebis si l'on prend le lait lorsque la brebis le donne et sans mettre des tampons d'oestrogènes pour qu'elle produise plus comme cela se fait aussi dans la bio.
Christian Bauer
Ingénieur, naturopathe, thérapeute.
cbauer1@free.fr
